INTRODUCTION - AVANT PROPOS (extrait)

 

       C'est l'affrontement bruyant entre écologistes et paysans sur la question du loup en France qui m'a tiré de ma torpeur il y a quelques années, moi simple citadin et plutôt sage écolo soumis au message environnemental traditionnel.

La mise en opposition soudaine d'un animal sauvage avec le travail traditionnel de l'homme m'a stupéfié, puis consterné. Je découvrais ainsi une facette de l'écologie qui m'était jusque là étrangère.

Après l'écriture d'un premier livre sur ce problème particulier, il m'est apparu que d'autres aspects des politiques écologiques actuelles pouvaient être aussi sujets à caution.

Ce livre est le fruit de ce travail de recherches et de réflexions.    

Le présent ouvrage se veut donc une approche critique claire de certaines pratiques visibles de la défense de l’environnement. Pratiques d'inspiration conservationniste qui peuvent être nuisibles à une bonne perception de l'écologie et à son image. 

Il ne faudrait pas s'imaginer que ces politiques très médiatisées sont fondamentalement indispensables, acceptées par tous, scientifiquement reconnues et que la défense de l'environnement est réductible à cela. 

 

POURQUOI CRITIQUER UNE CERTAINE FORME D'ENVIRONNEMENTALISME ?

Je pense donc que la critique est une nécessité constructive sans laquelle il n'y a pas de possibilité de nuancer et d'y voir clair. Il y a obligation de critiquer :

- quand sont diffusées des inexactitudes au citoyen qui l'endoctrinent au lieu de l'éclairer

- quand ces politiques environnementales ont des impacts socio-économiques négatifs et sont préjudiciables aux populations, parfois celles ayant les individus les plus fragiles

-quand ces politiques ont aussi des répercussions psychologiques sur les individus à travers la peur notamment, abusivement utilisée

- quand ces politiques confortent les systèmes politiques inégalitaires en place

- quand des pratiques autoritaires sont pratiquées et valorisées

Il y a dans la défense de l'environnement de profondes implications par rapport à ce qu'est fondamentalement un individu, défense qui est donc dépendante d'aspects sociologiques, psychologiques, philosophiques et moraux, qui vont bien au-delà de la préservation de la nature en tant que telle. 

 

QUELQUES DÉFINITIONS : LE CONSERVATIONNISME ÉCOLOGIQUE

Le "conservationnisme" de la nature, dont certaines formes populaires sont critiquées ici, est la politique qui est à l'origine de la biologie de la conservation et c'est selon M. Soulé "la science de la crise écologique". Le terme a été inventé par le premier ingénieur forestier américain Gifford Pinchot.

Le terme de "conservation" ne bénéficie d'aucune définition dans la Convention de Rio alors que le mot y est très employé.

Selon Wikipédia la conservation de la nature consiste en la protection des populations d'espèces animales et végétales, ainsi que la conservation de l'intégrité écologique de leurs habitats naturels ou de substitution (comme les haies, carrières, terrils, mares ou autres habitats façonnés par l'Homme). Son objectif est de maintenir les écosystèmes dans un bon état de conservation, et de prévenir ou de corriger les dégradations qu'ils pourraient subir.

La conservation promeut une gestion raisonnée de la nature, en conscience des équilibres naturels, dans le respect des rythmes de renouvellement des milieux, selon un usage raisonnable des ressources. C'est donc normalement une nature protégée avec l'homme, contrairement au préservationnisme.

Le conservationnisme à l'origine ne s'oppose donc pas aux activités humaines raisonnées dans les espaces protégés, mais c'est une définition officielle qui n'éclaire pas complètement en omettant par exemple d'évoquer l'attachement du conservationnisme à la création de parcs naturels en excluant les populations, notamment dans les pays du sud, orientations qui à l'origine relèvent davantage du préservationnisme.

Les réintroductions d'espèces sauvages et emblématiques font aussi partie des objectifs conservationnistes et s'opposent aussi de fait, pour les grands carnivores, à une cohabitation paisible avec les activités agricoles.

 

LE PRÉSERVATIONNISME ÉCOLOGIQUE

Aux États-Unis, le "préservationnisme" désigne depuis la fin du XIXe siècle une approche très stricte et radicale de la protection, dans laquelle la nature acquiert une valeur intrinsèque : elle est digne d'être protégée pour elle-même, contre les effets néfastes de l'action des sociétés, selon un principe dichotomique et biocentré d'une nature en-dehors de l'homme. Ce préservationnisme avec l'approche du naturaliste John Muir, qui est le promoteur de la protection de grands espaces vierges, s'oppose en théorie au conservationnisme en excluant donc toute présence humaine dans les espaces naturels protégés. Dans la pratique le conservationnisme adopte des pratiques du préservationnosme faisant chevaucher le contenu des deux théories.

SORTIR DE LA PEUR ÉCOLOGIQUE POUR RAISON GARDER

L'idée générale que veut faire ressortir cet ouvrage, à partir d'une solide documentation nous le verrons, est qu'il serait nécessaire de sortir de la peur écologique diffusée de manière soutenue par des mouvements environnementaux et relayée par des médias, si nous voulons conserver un minimum de jugement et de discernement, donc pour "garder raison".

Ne sont exposés ici dans cet ouvrage, sans pour autant prétendre clore le débat, que les aspects des questions environnementales qui sont les plus médiatisés par les mouvements environnementaux et jugés les plus critiquables.

Bien que je considère que l'écologie politique en France propose des lignes programmatiques intéressantes, je déplore qu'elle s'aligne trop aisément sur la pensée "conservatio-préservationniste" pour certains thèmes actuels très en vogue, comme par exemple celui de la réintroduction et la protection des carnivores sauvages, celui des conséquences du réchauffement climatique, ou celui d'une "sixième extinction des espèces". Ce sont des sujets que nous aborderons dans cet ouvrage le moment venu.

Il faut bien comprendre que ce sont aussi les thèmes que le public retient, sur lesquels il construit son jugement et sa perception des problèmes écologiques que rencontre notre planète.  

 

LA DÉLICATE RECHERCHE DE LA RÉALITÉ SUR LA QUESTION DE BIODIVERSITÉ

L'idée que ce document veut dégager c'est que la réalité de l'état écologique des écosystèmes dans le monde est toujours emmêlée dans des contradictions et qu'il y a souvent lieu de se méfier des annonces péremptoires sur un sujet aussi complexe que la biodiversité, sujet qui est l'objet de la première partie. Biodiversité qui dépend d'une multitude de paramètres dont on connaît souvent peu ou mal les interactions, y compris même les scientifiques nous le verrons.

Sans remettre en cause les fondements de la défense de l’environnement nous ne pouvons que constater qu’elle est parfois instrumentalisée et que la réalité écologique est beaucoup plus subtile et complexe qu’il est dit.

Certains mouvements de la pensée écologiste contemporaine semblent produire parfois des inexactitudes majeures qui nuisent à la juste perception des problèmes environnementaux et qui peuvent même aller à l'encontre d'une société plus équitable.  C'est ce que ce document tentera de montrer.

Ce recueil ne reproduira pas en conséquence les angoissants alarmismes habituels et quotidiens dont sont saturés les médias, mais essayera de montrer comment la réalité environnementale est plus sophistiquée et multiforme que la perception que nous en avons souvent.   

 

UN PRÉ-REQUIS INDISPENSABLE : OUI LA DÉGRADATION ENVIRONNEMENTALE EST RÉELLE

Écartons d’emblée les interrogations inquiètes : oui la dégradation environnementale est réelle et il est difficile de dire que la planète ne rencontre pas des problèmes écologiques sérieux. D'ailleurs aucune des références bibliographiques de ce document ne remet en question ces problèmes auxquels nous devons faire face, bien au contraire.

Pour autant des clichés existent et toute critique de la ligne la plus médiatiquement présente est perçue souvent comme  une sorte de déviance anti-environnementale.

Il serait souhaitable pour la cause socio-écologique globale de sortir de ces visions rudimentaires qui envahissent le débat et dont il serait sain de se débarrasser.

Il est important de noter que ce recueil n'est en aucun cas la valorisation du "brownlash".

Le "brownlash" est un terme inventé il y a 20 ans environ par les écologistes radicaux Anne et Paul Ehrlich pour décrire "une tentative délibérée de minimiser la gravité des problèmes environnementaux par une mauvaise déclaration ou une mauvaise utilisation de la science".

Ces écologistes sont connus pour leurs engagements à connotation néomalthusienne sur certains aspects et Paul pour un ouvrage de 1968 qu'il a écrit et titré "The population bomb"  dont les prévisions alarmistes, notamment une famine mondiale qui était prédite pour la période entre 1970 et 1980 en raison de la croissance importante de la population, se sont avérées totalement infondées. Nous constaterons en définitive que pour ce qui est "d'une mauvaise utilisation de la science" les fautifs, comme ici paradoxalement le dénonciateur Ehrlich, ne sont pas nécessairement ceux que nous imaginons.

Ce recueil n'est pas non plus la critique des préoccupations environnementales en tant que telles car ce serait folie et pourrait suggérer de soutenir un consumérisme néolibéral pollueur ou d'annuler toute la réglementation environnementale, perspective terrible. Nous verrons que c'est plutôt l'opposé.

Pour autant cet ouvrage, abondamment documenté pour cela, critique clairement certaines certitudes environnementalistes sur la capacité de la science canonique à présenter les problèmes écologiques de manière non partisane, la science environnementale étant immanquablement affectée par des facteurs politiques et sociaux.

 

ÊTRE OU NE PAS ÊTRE ÉCOLOGISTE ? MILITER POUR UNE ÉCOLOGIE HUMANISTE

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LE POIDS DU PASSÉ COMME MODÈLE

 

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LA PLACE DU NÉOLIBÉRALISME

 

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LES MOUVEMENTS CONSERVATIONNISTES RÉVÈLENT DANS LA PRATIQUE DES STRATÉGIES PEU ÉMANCIPATRICES

 

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L'INDIVIDUILISATION PROBLÉMATIQUE ET CULPABILISANTE DES CAUSES ET DES SOLUTIONS ÉCOLOGIQUES

 

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LA BIODIVERSITÉ AU DÉTOUR DES CHEMINS

Dans le contexte de la dégradation de la qualité environnementale des milieux, la question de la "biodiversité" est aujourd'hui un des sujets de prédilection dans la cité dont l'usage intensif donne parfois le vertige. Dégradation écologique qui justifie d'une manière certaine l'attention portée à ces problèmes. C'est pourtant, du fait qu'il pose la question du devenir de l'homme que le sujet devient très sensible et se charge parfois, nous semble-t-il, d'un poids émotionnel fort qui nous le découvrirons peut nuire à la clairvoyance.

 

EXAMINER CE QUI FAIT LE PLUS SENS DANS LA DÉFENSE DE LA BIODIVERSITÉ

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LA PROTECTION DU LOUP AU NOM DE LA BIODIVERSITÉ

La protection du loup en France, qui questionne la société, est basée sur des arguments écologiques à partir du rôle jugé indispensable de l'animal dans les écosystèmes. C'est donc une grande responsabilité environnementale qui est confiée à Canis Lupus et la question se pose de savoir s'il en est à la hauteur.

Il conviendrait donc de s'assurer, a minima, quelle est la nature précise de cette fonction écologique, comment elle agit, avec quel poids.

C'est parce que cette question du loup nous concerne tous, directement ou indirectement, comme nous concernent aussi les problèmes environnementaux, qu'il peut être utile de prendre sa part pour démêler l'écheveau qui oppose aujourd'hui schématiquement citadins et ruraux pour des questions de biodiversité.

De quasi partout dans le monde le retour et le développement des populations du grand prédateur sont associés par ses défenseurs à la "restauration" nécessaire de la biodiversité, mais ils sont associés aussi aux conflits durables avec l'élevage de plein air et à sa fragilisation dont l'animal sauvage ne peut être facilement détaché en Europe occidentale.

Le loup en France n'est pas qu'un problème de paysan, c'est un problème de société qui interroge sur le monde que nous souhaitons demain et qui doit s'aborder avec nuances dans toutes les dimensions du sujet et de la biodiversité, visibles ou non visibles.

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ÉLEVAGE DE PLEIN AIR ET PASTORALISME : UNE DIMENSION ÉCOLOGIQUE AUSSI ?

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Que sait-on finalement de la puissance écologique de Canis Lupus par rapport à celle du pastoralisme ? 

Il est certain que pour trouver nous n'avons pas découvert, aujourd'hui, de meilleure solution que de…chercher…

 

EXPOSER LES QUESTIONS LE PLUS CLAIREMENT POSSIBLE

Ce document n'a pas opté exagérément pour un langage académique qui en ménageant la chèvre et le chou finirait par ne rien dire.

Certains esprits chagrins y verront une prise de position freinant la défense de l'environnement et "contre le loup" ce qui n'est bien sûr pas le cas pour qui sait y regarder de près, car le manichéisme est très présent nous le verrons dans certaines facettes de la parole environnementaliste.

Qu'il faille être pour ou contre le loup est, nous l'estimons, une façon de voir imbécile qui n'apporte rien à la résolution des problèmes car les questions que nous pourrions nous poser sont : Le loup pourquoi? Le loup où? Le loup comment? Problèmes qui se posent donc en fait, nous le pensons, de manière beaucoup plus subtile.  

Est quand même fait le pari avec cet ouvrage que le citoyen ordinaire comprendra ma démarche et sera à même de percevoir que certains principes qui guident l'écologie ne sont pas à soustraire des critiques.

 

CE DOCUMENT EST FINALEMENT UN CATALOGUE DE SUGGESTIONS À PLUS DE PRUDENCE 

      

Cet ouvrage s'appuie sur les travaux des chercheurs auxquels le mode d'accès n'est pas habituel  pour le citoyen non rompu à la pratique des investigations, car sur Internet, comme dans les rayons des supermarchés, n'est mis en avant que ce qui est populaire. Les sites de documentation les plus solides que j'ai utilisé sont ceux en général bien connus des étudiants comme Google Scholar, Nature, New Scientist, PNAS, PlosOne, Hal Archives ouvertes, Cairn.info, OpenEdition, Conservation and Society, University of Chicago Press, Academia, INRA, CNRS, l'Université de Montpellier spécialisée en écologie, Les Publications de la Sorbonne, Persée, etc.

Par la force des choses cet ouvrage devient une sorte de catalogue d'avertissements à plus de prudence dans l'utilisation et l'interprétation des thèmes écologiques.

Il est peu probable, nous le verrons, que la réalité environnementale puisse être substantiellement différente que ce que ce recueil de données laisse entendre, mais nous laissons au lecteur le soin de se faire son propre jugement.

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